À moins de deux mois de certaines échéances majeures, le Sénégal fait face à un enjeu stratégique de première importance : doter ses citoyens d’une identité numérique fiable. Cette démarche est indispensable pour faciliter leur mobilité internationale et leur intégration dans un monde de plus en plus interconnecté et numérisé.
L’affaire récente des lionnes du basketball, empêchées d’obtenir leur visa américain à l’ambassade de Dakar, souligne crûment l’urgence. Ce refus, symbolique d’une faille systémique, met en évidence un manque de reconnaissance internationale de l’identité administrative sénégalaise. Sans une identité numérique sécurisée, chaque Sénégalais peut voir sa mobilité compromise, même dans le cadre de missions professionnelles, sportives ou académiques.
Des fondations déjà posées
Le Sénégal possède pourtant des atouts considérables pour relever ce défi. Le pays dispose de ressources humaines qualifiées, d’infrastructures numériques en développement et de partenariats techniques solides. La numérisation de l’état civil est en cours à travers le Registre national des personnes physiques (RNPP), avec une interconnexion progressive des bases de données. Cependant, certains cloisonnements administratifs subsistent et freinent encore l’uniformisation du système.
La politique numérique initiée en 2016 et renforcée par la mise en place du Conseil national du numérique en 2020 témoigne d’une volonté politique affirmée. Toutefois, à ce stade, une accélération et une mise en œuvre concrète sont devenues indispensables.
La diplomatie numérique comme levier
Face à l’urgence, l’expert Sékou Kamara appelle à une diplomatie numérique proactive. Il recommande que le Sénégal adresse dans les plus brefs délais une note d’engagement officielle au Département d’État américain, présentant les mesures concrètes prévues.
Cette initiative devra s’accompagner d’un mécanisme bilatéral de suivi avec des échanges réguliers toutes les deux semaines, afin de garantir la bonne exécution des engagements. Une coopération renforcée avec les instances régionales telles que la CEDEAO et l’Union africaine est également souhaitable pour établir des standards communs en matière d’identité numérique, dans un esprit d’harmonisation régionale.
Enjeux nationaux et internationaux
La réussite de cette transition numérique permettra d’abord de moderniser l’état civil sénégalais, en rendant chaque acte administratif (naissance, mariage, décès) sécurisé et accessible à distance. Elle facilitera aussi la mobilité des citoyens grâce à des documents numériques reconnus à l’international.
Par ailleurs, une identité numérique fiable renforcera la crédibilité du Sénégal dans ses relations extérieures et contribuera à rétablir la confiance avec ses partenaires institutionnels et financiers.
Un retard ou un manque d’engagement clair expose le pays à des conséquences sérieuses : rejets répétés de demandes de visa, ralentissement des échanges internationaux, perte de compétitivité, et marginalisation numérique sur la scène mondiale.
Le Sénégal pourrait également se voir privé d’opportunités en matière de coopération, de financement ou de mobilité professionnelle, universitaire et culturelle.
Une opportunité stratégique à saisir
Le compte à rebours est enclenché. Dans les soixante jours à venir, le pays devra faire preuve de réactivité, de transparence et d’ouverture. Il s’agira de formuler clairement ses engagements, de mettre en place un système de suivi structuré et d’approfondir la coopération régionale.
Réussir cette transformation numérique est un impératif stratégique. Elle conditionne l’avenir de la mobilité sénégalaise, la souveraineté numérique du pays et sa capacité à s’affirmer dans les réseaux d’échange mondiaux.
Source : lesoleil.sn
Lire aussi : Souveraineté numérique : le Sénégal affiche ses ambitions au Africa CEO Forum 2025





