Le Pan-African Payments and Settlements System (PAPSS), initié en janvier 2022 par Afreximbank en partenariat avec l’Union africaine et la ZLECAf, révolutionne les transactions intra-africaines. Son objectif est simple et puissant : permettre les paiements instantanés en monnaies locales entre pays sans passer par le dollar ou les banques correspondantes étrangères.
Réduction spectaculaire des coûts
Jusqu’à présent, les transactions entre pays africains pouvaient coûter entre 10 % et 30 % de leur montant à cause des conversions et des frais bancaires. PAPSS ramène ce coût à environ 1 %, avec une plateforme capable de régler une transaction en moins de deux minutes. Sur une économie valorisant les paiements pans-africains, cette efficacité pourrait générer jusqu’à 5 milliards de dollars d’économies annuelles.
Adoption croissante et impact immédiat
Déployé initialement dans six pays de l’Afrique de l’Ouest, le PAPSS s’est étendu à 15 pays et intègre désormais plus de 150 banques commerciales. Des banques comme KCB au Kenya ou Absa en Afrique du Sud participent activement à l’évolution de la plateforme, participant à une transformation profonde du marché financier africain.
Financement en monnaies locales et renforcement de la souveraineté
En parallèle, la Banque africaine de développement (IFC) encourage les prêts en monnaies locales pour protéger les entreprises contre les variations du dollar. Ce dispositif soutient les entreprises qui préfèrent opérer et emprunter dans leur propre devise, promouvant ainsi la stabilité financière régionale et soutenant la réalisation de l’objectif de la ZLECAf.
Défis politiques et géopolitiques
Malgré ses avantages économiques, PAPSS soulève des enjeux géopolitiques. Il s’inscrit dans une mouvance mondiale parallèle à celle des systèmes alternatifs à l’Ouest (Chine, Russie) visant à réduire la dépendance au dollar. Cette orientation n’est pas passée inaperçue : Donald Trump a menacé de 100 % de tarifs contre les pays s’écartant de l’utilisation du dollar dans leurs échanges.
Les acteurs africains insistent cependant sur le fait que leur motivation est principalement économique : réduire les coûts de transaction, faciliter le commerce intra-africain, limiter les risques liés au dollar. En effet, certains corridors de paiement intra-africains sont parmi les plus coûteux au monde, parfois jusqu’à 50 % plus chers que la moyenne globale.
Vers une intégration économique renforcée
Le système est également soutenu par les dirigeants africains et la G20, notamment le président de la Banque centrale sud-africaine, Lesetja Kganyago, qui a rappelé lors d’une réunion des ministres des finances du G20 que seuls 20 % des paiements interafricains étaient réglés sur le continent.
PAPSS s’inscrit dans la stratégie ambitieuse de la ZLECAf et la vision d’un marché unique africain d’environ 1,3 milliard de consommateurs, estimé à 3 400 milliards $ de PIB.
Le PAPSS incarne une révolution silencieuse mais stratégique du commerce intra-africain. En mettant la priorité sur l’efficacité économique plutôt que la géopolitique, les Africains posent une base solide pour leur intégration financière, tout en préparant une résistance pragmatique aux pressions extérieures liées à la prédominance du dollar.
Source : ainvest.com





