Le 10 juin 2025, la Banque mondiale a tiré la sonnette d’alarme dans un billet de blog analysant les tendances récentes de la croissance mondiale. Selon l’institution, une grande partie des pays en développement est en train de basculer dans une forme de « non-développement », marquée par la stagnation, l’endettement, et le ralentissement du commerce mondial.
L’étude révèle une donnée clé : la croissance moyenne annuelle dans les pays en développement est passée de 5,9 % dans les années 2000 à seulement 3,7 % dans les années 2020. Ce repli, aggravé par une dette publique croissante et une baisse des investissements, freine considérablement la lutte contre la pauvreté et les ambitions de développement durable.
Un plafonnement mondial historique
D’ici 2030, la croissance mondiale pourrait se stabiliser à 2,5 %, un taux historiquement bas jamais vu depuis les années 1960. Ce ralentissement généralisé ne touche pas seulement les économies avancées. Il affecte surtout les pays à faible revenu, où le revenu par habitant restera en dessous du niveau d’avant la pandémie de COVID-19 jusqu’en 2027, voire au-delà.
Ce scénario est d’autant plus préoccupant que 70 % des pays à faible revenu présentent aujourd’hui un niveau d’endettement critique. L’espace budgétaire est réduit, ce qui limite les capacités d’investissement public et rend les économies encore plus vulnérables aux chocs externes, comme les crises géopolitiques ou les changements climatiques.
Trois pistes pour relancer le développement
Pour enrayer cette dynamique de stagnation, la Banque mondiale recommande une action résolue autour de trois axes stratégiques :
- Redynamiser le commerce international
Relancer les flux commerciaux, lever les barrières tarifaires et non tarifaires, et renforcer les chaînes de valeur régionales sont essentiels pour offrir aux pays du Sud de nouveaux débouchés économiques.
- Stimuler la productivité
Investir dans les infrastructures, l’éducation, la santé et la formation professionnelle permettrait d’accroître la productivité, en particulier dans les secteurs stratégiques comme l’agriculture, l’industrie légère ou le numérique.
- Assainir les finances publiques
Pour restaurer la confiance des bailleurs et des marchés, une meilleure gestion de la dette, associée à une transparence accrue dans les finances publiques, est indispensable.
Le Sénégal à l’épreuve du ralentissement
Le cas du Sénégal illustre les défis et les opportunités de cette nouvelle donne mondiale. Bien que le pays affiche une résilience économique relative, les enjeux liés à l’endettement, à la dépendance au commerce international et aux besoins d’investissements dans les secteurs sociaux demeurent pressants.
Pour que les objectifs du Plan Sénégal Émergent (PSE) à l’horizon 2035 restent atteignables, il est crucial d’engager des réformes plus ambitieuses dans l’éducation, l’innovation, la transformation industrielle et la gouvernance publique.
L’économie sénégalaise, confrontée à un ralentissement des investissements privés et à une hausse des coûts d’emprunt, doit redéfinir ses priorités : mettre l’accent sur l’économie réelle, soutenir les jeunes entrepreneurs, et renforcer la résilience de ses filières agricoles et industrielles.
Une décennie décisive
La Banque mondiale ne parle pas ici d’une crise conjoncturelle, mais bien d’une transition structurelle vers un monde où la croissance ne sera plus garantie. Pour les pays en développement, il ne s’agit plus simplement de « relancer » il faut désormais réinventer le développement : plus inclusif, plus local, et plus durable.
Source : blogs.worldbank.org
A lire aussi : Ralentissement de la croissance mondiale : l’alerte de l’OCDE pour 2025 et 2026





