Sénégal 2050 : Les agropoles, nouveaux piliers de la souveraineté agro-Industrielle

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EXCLUSIF – Selon un document officiel du ministère de l’Industrie et du Commerce (MINCOM) que SENBIZ MAG s’est procuré, les Agropoles Sud et Centre visent près de 300 millions d’euros d’investissements privés et un bond historique de la transformation locale. Décryptage d’un projet structurant pour l’avenir économique du pays.

 

boardroom commerce et industrie fii senegal 2025 projet des agropoles SENBIZ

 

Dakar, Octobre 2025 – Le Sénégal est en train d’écrire un nouveau chapitre de son développement industriel. Dans le cadre de sa feuille de route « Sénégal 2050 », l’État mise sur un programme phare pour transformer en profondeur son économie : les Agropoles. Selon une présentation synthétique du Ministère de l’Industrie et du Commerce (MINCOM), datée d’octobre 2025 et présenté en marge du Forum Investir in Sénégal, ces plateformes industrielles dédiées à l’agroalimentaire ambitionnent de rendre le pays plus souverain, juste et prospère. Focus sur les Agropoles prioritaires Sud et Centre, véritables locomotives de cette ambition.

 

La vision stratégique : la PICS50 en action

 

Le projet s’inscrit dans le cadre de la Politique Industrielle et Commerciale Sénégal 2050 (PICS50). Comme le détaille le document, l’objectif est clair : faire de l’industrie l’un des quatre moteurs de croissance du pays, aux côtés des industries extractives, manufacturières et des services à valeur ajoutée. Le Programme National de Développement des Agropoles (PNDAS) en est l’un des principaux leviers.

Sa mission principale, selon le MINCOM, est de « favoriser le développement industriel du Sénégal à travers les filières agricole, sylvopastorale et halieutique ». Concrètement, cinq Agropoles (Sud, Centre, Nord, Ouest et Est) mailleront le territoire national. Le document précise que 7 230 hectares sont à développer d’ici 2029 pour accueillir ces pôles de compétitivité.

 

Les agropoles sud et centre : des retombées économiques colossales

 

Fii Senegal 2025 projet des agropoles 2 SENBIZ MAG

 

Si le programme est national, l’effort se concentre aujourd’hui sur deux projets pionniers aux impacts économiques chiffrés.

Selon le document, l’investissement privé et les Investissements Directs Étrangers (IDE) visés s’élèvent à 297,9 millions d’euros (M EUR), répartis entre l’Agropole Sud (264,1 M EUR) et l’Agropole Centre (211,3 M EUR – dont 99,4 M EUR pour le Centre spécifiquement selon le détail des pages).

L’impact sur l’emploi sera significatif. Le MINCOM table sur la création de 4 000 emplois directs et 18 000 indirects pour le Sud, et 4 900 directs et 21 900 indirects pour le Centre. Au total, ce sont près de 155 000 ménages qui devraient voir leurs revenus augmenter, avec une hausse anticipée de 30% pour 90 000 d’entre eux dans la zone du Centre.

 

La transformation locale, priorité absolue

 

Le chiffre le plus parlant de cette ambition est sans doute le bond quantitatif attendu dans la transformation locale des matières premières. Le document officiel fixe des objectifs ambitieux pour 2029 :

Pour l’Agropole Sud : La transformation de la mangue passerait de 2% à 20%, celle de l’anacarde de 5% à 30%, et celle du maïs de 9% à 18%.

Pour l’Agropole Centre : Le taux de transformation de l’arachide serait multiplié par plus de trois, passant de 15% à 50%. Les céréales hors riz suivraient la même tendance (de 6% à 30%), tout comme le sel (de 10% à 30%).

« Promouvoir l’agro-industrie à travers la transformation des produits agro-sylvo-pastorales et halieutiques et faciliter l’investissement privé » est la raison d’être de ces Agropoles, comme le souligne le document.

 

Un modèle de gestion public-privé innovant

 

Pour concrétiser cette vision, l’État sénégalais ne souhaite pas agir seul. Le modèle de gouvernance repose sur une structure hybride. Comme l’explique la présentation, une Société de Construction et d’Exploitation (SCE), de droit privé, sera codétenue par l’État (via le Fonds Souverain d’Investissements Stratégiques, FONSIS) et un partenaire privé recruté via un Partenariat Public-Privé (PPP). Cette SCE sera le bras armé opérationnel des Agropoles, en charge de l’exploitation, de la maintenance et de la relation avec les investisseurs résidents.

Alors que l’Agropole Sud a déjà démarré sa phase de construction pour une ouverture prévue en 2028, l’Agropole Centre est, selon le planning, en plein recrutement de son opérateur privé. Le « Call-To-Action » du document indique d’ailleurs un appel à concurrence pour ce dernier dès octobre 2025.

Avec les Agropoles, le Sénégal ne construit pas seulement des zones industrielles ; il érige les fondations de sa souveraineté alimentaire et industrielle pour les 25 prochaines années. Le succès de ce modèle, qui attire massivement le privé tout en étant piloté par une vision étatique de long terme, sera observé avec attention par toute l’Afrique de l’Ouest.

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